Tartiufas

 

Au plateau, un labyrinthe végétal figurant un intérieur moderne et bourgeois pris en pleine tempête électrique. Sur scène, le Théâtre National de Lituanie s’enivre de tirades ferventes, de chorégraphies déchaînées, de répliques mutines et autres déclarations indécentes. Le ton est donné, le public l’a compris : Tartuffe est explosif. Et si les acteurs, qui cabotinent et se jouent les uns des autres, se jouaient aussi de nous ? Et si le personnage de l’hypocrite connu pour son masque, Oskaras Koršunovas en faisait ici un bonimenteur des temps modernes, un roi de la communication ? Sommes-nous au théâtre, dans un jeu vidéo ou une émission de téléréalité ?  Un peu tout à la fois, et plus encore !

Dans le Tartuffe de Koršunovas, la maison d’Orgon est un jardin labyrinthique où les comédiens se cherchent, se perdent, s’enivrent de leurs tirades, dansent frénétiquement, sous l’œil omniprésent d’un grand écran vidéo. C’est de notre monde qu’il est ici question. Quand Molière faisait tomber les masques religieux, Koršunovas exhibe une société gangrénée par les faux dévots, avides de pouvoir. Tartuffe et Orgon deviennent deux opposants politiques. Mais, cette fois, Tartuffe triomphe. Hormis cette liberté prise avec le texte original et un découpage particulier des scènes, le texte de Molière, inchangé, se fond dans cet univers dominé par les smartphones, les ordinateurs, les télévisions, les panneaux d’affichage, autant d’écrans, instruments de l’hypocrisie.

Tartiufas (Tartuffe)

Texte : Molière

Traduction : Aleksys Churginas

Mise en scène : Oskaras Koršunovas

Décorateur plateau : Vytautas Narbutas

Costumes : Sandra Straukaite

Musique : Gintaras Sodeika

Chorégraphie : Vesta Grabštaite

Vidéo : Algirdas Gradauskas

Avec : Remigijus Bucius, Kestutis Cicenas, Vesta Grabstaite, Darius Meškauskas, Eimantas Pakalka, Agnieška Ravdo, Rasa Samuolyte, Giedrius Savickas, Nelé Savicenko, Salvijus Trepulis, Toma Vaškeviciute et Joris Sodeika (piano)

 

Spectacle en lituanien surtitré en français

 

« Une farce joyeuse doublée d’un terrible réquisitoire politique » – Le Figaro